Soirée (Rainer Maria Rilke)
Lentement, le couchant change de robe,
que lui tient une bordure de vieux arbres ;
tu regardes : et devant toi les pays se divisent,
l’un euphorique, l’autre qui reste et qui dévale
et aucun d’eux ne te laisse y appartenir entièrement,
pas aussi sombre que la maison silencieuse,
n’évoquant pas l’Eternel avec autant de force
comme ce qui devient étoile à chaque nuit et monte
et le laisse (indicible à dévoiler)
ta vie, peureuse et gigantesque et murissante,
si bien qu’elle sera bientôt limitée et te permet de comprendre,
qu’elle devient en toi, alternativement, pierre et étoile.
Rainer Maria Rilke (1906) – Traduction par votre humble serviteur